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Macaronésie 5

Au petit matin, le temps se calme et nous arrivons à El Jadida, ville également construite par les Portugais, sous le nom de Mazagon. L’association navale de croisière portugaise avait originalement prévu d’y faire une halte, mais n’avais pas reçu de réponse… Et pour cause! Il s’agit d’un tout petit port d’abri, accueillant une dizaine de bateaux de pêche moyens et une cinquantaine de doris. Pas de marina ni de ponton! Notre appel à la VHF ne reçut pas de réponse, mais un officier nous crie de nous accoster le long d’un minuscule voilier. A notre demande s’il y a une pompe à gasoil, le préposé de la marine ne sait nous répondre. Et ne parlons pas de la profondeur du port qui frise
de nous réserver une surprise. La décision d’avorter notre escale et prise et nous voilà en route pour Casablanca que nous atteignons en fin de journée. Fatigués par ce périple, nous rêvons d’une bonne douche chaude. En fait, nous avons droit à une douche froide car les autorités portuaires nous informent qu’il n’y a plus de marina à Casablanca et nous invite, au plus tôt nous ordonne, de nous rendre à Mohammedia. Sur ce un Zodiac des Forces Navales Marocaine s´approche de nous et nous indique la possibilité de mouillez près du premier embarcadère, toutefois précise que le diesel ne peut être
livré par bidons et Zodiac. Nous les remercions et mettons le cap sur Mohammedia.  C’est donc en pleine nuit que nous faisons notre approche, et le port nous suggère d’aller au mouillage. Toutefois nous entrevoyons les pontons de la petite marina et décidons d’y accoster. Deux employés chargés de la surveillance nous indiquent l’emplacement. Il y a de l’eau, mais pas d’électricité car les fusibles ont sauté et le responsable ne vient que demain vers 10 heures. Bien, mettons le générateur en marche. Au niveau des douches ce sera aussi pour demain car les clefs sont en possession  du skipper d’un bateau français, qui dort à cette heure !
Sur ce nous avons droit à la police, la gendarmerie et les douanes. Le douanier de
service se met à fouiller. Il commence par ma chambre et ouvre un grand sac. Je lui indique qu´il s´agit du linge sale mais il persiste… Puis arrive le responsable du port, furieux car nous ne sommes pas au mouillage. Je lui offre une tasse de thé (oublions bien sûr une bière!). Il me remercie, mais me demande du chocolat. Chose que je n’ai pas (bien que j’adore les Godiva et Côte d’Or…) et lui offre une barre de muesli au chocolat. Je lui demande s’il a des enfants, et vu la réponse positive  je lui tends toute la boîte. Il m’en remercie avec un large sourire et m’annonce qu’il oublie la pénalisation d’un million de dollars pour non respect des ordres. Un peu de bonne humeur à cette heure fait du bien.

Toutefois, nous sommes préoccupés par les infiltrations d´eau. En effet, les caoutchoucs des fenêtres latérales devaient êtres changés de belle lurette. Mais João, quelque peu avare, n’avait pas jugé nécessaire de faire exécuter la réparation par des professionnels. Et son bricolage à la silicone ne fut pas efficace.

L’eau salée a attaqué quelques boiseries, mais le pire c’est que le cadre électrique a aussi souffert. Des lampes ne fonctionnent plus et la liaison entre l’ordinateur et le GPS non plus. Que faire? Nous faisons un maximum d’aération et nous verrons demain. Nous prenons la décision de continuer et de rejoindre au plus vite le Portugal.

La journée se passe normalement et Lulu et moi-même prenons notre quart de 4 à 7 heures du matin. Et là je bénis le système AIS. A un moment donné Bijoux est encerclé par quatre super navires, dont un de plus de 300 mètres. Avec un peu de chance, on peut apercevoir leurs lumières et mieux comprendre leurs routes respectives, mais nous n’avons qu’une faible idée de leur direction, vitesse, etc. Avec l’AIS nous avons ces données en plus de leur destination et nom. Des quatre points cardinaux, l’un allait à Setubal, l’autre en Colombie, un autre vers Port Saïd et enfin le dernier navigue vers Amsterdam.

À cinq heures de l’après-midi, nous arrivons à Albufeira. Cette fois c’est le disjoncteur qui refuse la liaison électrique 220V. Bon, les deux derniers steaks au congélateur rendront l’âme et notre priorité est de rentrer chez nous.

Notre vaillante Scuba nous attend ainsi que le papa de Lulu qui nous a fait le plaisir de venir nous chercher. Son break Mercedes est plein à saturation en comptant nos sacs, équipement de plongée, les bouteilles comprise, ma super machine à laver le linge manuelle, made in China, mais achetée via Internet aux States (j’ai payé autant en taxes d’importation que son prix d´achat!), livres, etc.

Home sweet home , nous sommes chez nous, avec l’intimité nécessaire car à bord (avec mauvais temps en plus) c’est plutôt rare.

Il y a presque un mois que je navigue avec plus de 1600 miles à mon registre. Ce fut une excellente expérience et un bon prélude à notre future vie à bord de Jad….


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